Une architecture adaptée

10 ARTISET 01 I 2023 généralement un étudiant dans le domaine des soins ou de la santé. L’accompagnante commence à préparer le petit déjeuner en compagnie des colocataires qui sont déjà levés. À 9 heures, elle est rejointe par une collègue pour la journée. «C’est plus facile à deux: cela permet de faire des activités distinctes selon les envies des colocataires», assure Marie Fournier, responsable des deux colocations Rubis et Topaze. Une organisation agile Ensemble, les deux auxiliaires de vie passent la journée avec les colocataires et se répartissent naturellement les tâches, sans planification préalable du travail. «Nous sommes une organisation agile par excellence! affirme Marie Fournier. Le matin, nous ne savons jamais comment se déroulera la journée!» Il n’y a pas non plus de prestataires externes à la colocation, excepté pour les repas du week-end, qui sont livrés par l’EMS voisin. Les accompagnantes s’occupent des différentes tâches domestiques propres à un ménage privé, sollicitant l’aide des colocataires, sans toutefois les y forcer. Personne n’est obligé à rien. L’équipe emprunte à la méthode Montessori la vision positive et les principes de liberté de choix et de maintien de l’autonomie. Ici, il n’y a pas d’objectifs thérapeutiques, mais des jeux pour travailler la mémoire émotionnelle, stimuler les capacités cognitives et préserver la mobilité. Il n’y a pas non plus d’interventions des services de soins à domicile. Infirmière diplômée, au bénéfice d’une longue expérience, la responsable Marie Fournier prend en charge les éventuels soins à prodiguer. Une autre infirmière et une assistante en soins et santé communautaire, toutes deux membres de l’équipe, peuvent aussi dispenser les soins nécessaires. La première auxiliaire de vie quitte l’appartement aux alentours de 18 heures, la seconde à 21 heures, à l’arrivée du veilleur de nuit. Modèle encore rare en Suisse Les colocations Alzheimer sont encore rares en Suisse. Le directeur général de la Fondation Saphir, Luis Villa, estime pourtant qu’elles ont toute leur place dans l’offre d’hébergement à disposition des personnes âgées en fonction de leurs besoins et de leurs attentes, reconnaissant qu’il s’agit d’un «modèle de niche». Les colocations telles que Topaze à Orbe ou Rubis à Yverdon apparaissent comme un modèle d’habitat idéal pour le grand âge à plus d’un titre. Il trouve cependant ses limites à la fois dans l’évolution de la maladie des colocataires et dans les coûts. «Si les capacités cognitives ou les troubles du comportement d’une personne menacent la cohésion du groupe, nous devons alors lui trouver une autre structure plus adaptée», explique Marie Fournier. La remplacer est ensuite question de «timing»: la «bonne» personne au bon moment, c’est-à-dire la personne qui ne peut plus vivre seule chez elle, mais encore assez autonome pour intégrer la communauté. Autre limite notable: le coût. Selon le directeur général, il faut compter entre 1000 et 1500 francs de plus par mois qu’en EMS. Cela s’explique en partie par les exigences cantonales en termes de niveau de formation du personnel. En effet, il ne suffit plus aux accompagnantes d’être des auxiliaires de santé. Elles doivent désormais être au bénéfice d’un titre CFC ou HES. En tous les cas, Luis Villa ne veut pas Les journées s’organisent spontanément, «comme à la maison», en fonction de la météo ou de l’humeur du jour. Photo: amn

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