Développer la qualité des soins Magazine ARTISET 4 2023

ARTISET 04 I 2023 25 Une compréhension globale de la qualité des soins Selon Sever Draganescu, le programme NIP-Q-Upgrade contribue à ce que la collecte des indicateurs de qualité médicaux nationaux ne soit pas perçue comme une «obligation désagréable». L’expert en sciences infirmières s’engage en faveur d’une compréhension globale de la qualité des soins: «Il existe un consensus professionnel sur le fait que la qualité des soins ne doit pas être réduite aux chiffres ou données quantitatives mais plutôt reposer sur une approche multifactorielle.» Il souligne tout particulièrement l’importance du travail sur la confiance et les relations. Pour lui, l’accompagnement et le maintien de la qualité de vie font donc partie intégrante des soins. Cela signifie aussi qu’il ne faut pas se fonder uniquement sur les indicateurs pour déterminer si la qualité des soins est bonne ou non. Les données des indicateurs peuvent néanmoins signaler certains problèmes. «C’est pourquoi il est essentiel de regarder de plus près et de chercher des explications aux mauvais comme aux bons résultats des indicateurs.» Pour mettre en place un processus continu d’optimisation, il est nécessaire d’analyser régulièrement les résultats des indicateurs, souligne Sever Draganescu. Dans les établissements de Residio, on effectue non seulement des enquêtes auprès des résidentes et résidents, de leurs proches et du personnel, mais aussi des évaluations régulières des indicateurs de qualité médicaux. Outre les six indicateurs nationaux dans les quatre domaines que sont la malnutrition, les mesures limitant la liberté de mouvement, la polymédication et la douleur, quatre autres indicateurs sont évalués, mais uniquement en interne: les erreurs médicamenteuses, les chutes, les escarres et les agressions. Des forums spécialisés avec le personnel soignant Depuis que l’équipe d’expert·es en soins infirmiers de Sever Draganescu travaille chez Residio, ces évaluations ont lieu à plusieurs niveaux: au début de chaque année, une évaluation de l’année écoulée est effectuée à l’attention de la direction. «Dans le cadre d’un rapport sur la qualité, nous interprétons et vérifions la plausibilité des indicateurs puis en déduisons des recommandations et des mesures concrètes.» D’après Sever Draganescu, le fait que les responsables du développement des soins puissent formuler des mesures à l’attention des cadres supérieurs ne va pas de soi. Les recommandations et les mesures peuvent concerner par exemple de nouveaux outils ou des améliorations de l’infrastructure. Dès l’année prochaine, l’infirmier de pratique avancée souhaite également discuter de ce rapport sur la qualité avec le personnel soignant. «Si le personnel constate que les chiffres permettent d’apporter des améliorations concrètes, il percevra mieux l’utilité de la collecte des indicateurs.» Afin de montrer au personnel soignant la manière dont les indicateurs peuvent être utilisés judicieusement pour le travail quotidien, l’équipe des spécialistes en soins infirmiers effectue aussi des évaluations mensuelles des indicateurs et les transmet, avec une première interprétation, aux responsables des équipes soignantes. Ceux-ci analysent les chiffres avec les collaboratrices et collaborateurs lors de forums spécialisés mensuels et émettent des recommandations. «De cette façon, nous avons déjà pu identifier des anomalies et apporter des améliorations.» De plus: «Les contrôles mensuels permettent aussi de constater rapidement l’efficacité des mesures.» Critique de la politique de collecte des indicateurs De tels succès contribuent, au sein des équipes soignantes, à renforcer la conviction que la saisie des indicateurs constitue une valeur ajoutée. Sever Draganescu se sent soutenu non seulement par les cadres supérieurs, mais aussi par les responsables des équipes soignantes. Cependant, selon lui, la politique de collecte des indicateurs nationaux freine tous ces efforts. Comme dans d’autres institutions, Residio saisit, pour des raisons d’efficacité, toutes les prestations de soins et les données des indicateurs de qualité internes et nationaux à l’aide d’un système de documentation des soins, et non au moyen de BESA ou RAI, les deux principaux outils de recensement des besoins en Suisse alémanique. La transmission des données des indicateurs nationaux à l’office fédéral compétent provoque toutefois une charge de travail supplémentaire: au lieu de pouvoir les envoyer de manière quasiment automatique, il faut les extraire du système de documentation des soins et les saisir dans un fichier Excel. En outre, les fournisseurs des systèmes de documentation des soins ne sont pas autorisés à intégrer certaines données importantes pour l’ajustement aux risques, car ils ne disposent pas des licences pour ce faire. Pour Sever Draganescu, une chose est claire: les fournisseurs des systèmes de documentation des soins doivent disposer de conditions égales. «Car la restriction actuelle nous empêche de comparer facilement nos chiffres avec ceux d’autres institutions», explique-t-il. Or, il estime que de telles comparaisons entre partenaires sont très utiles. «Il est essentiel de regarder de plus près et de chercher des explications aux mauvais comme aux bons résultats des indicateurs.» Sever Draganescu, responsable du service du développement des soins À la une

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